21 octobre 2006
Instantané
Elle persiste, cette impression. Elle m'étouffe, m'aveugle. Elle se fait pressante, oppresse, dirige et dicte. Trop tard. Trop tard. L'instant est décédé. Commence son règne. Elle légifère et impose ses conditions. Je suis vaincu. L'effort et la lutte sont admirables, mais personne n'est dupe: l'instant est mort, dépassé, démodé. Et je n'ai pu le saisir. Je n'ai pu ni appréhender, ni immortaliser l'évènement qui, sous mes yeux hagards, naissait, découvrait et, dans une admirable agonie, passait la main. Il m'aurait suffit d'une feuille, d'un crayon, et j'aurais pu, peut-être,le raconter, le transcender, le chanter, l'encenser, le bénir, le mettre en doute,le rejeter, le haïr, le honnir, et enfin le renier. Je lui aurais donné un corps, une âme. Je l'aurais saisi. J'aurais fait de lui mon frère, homme parmi les hommes, conquérant, lâche et noble, frêle et éternel, détestable et souhaité, tant de fois décrié, si souvent mendié. Je lui aurais prêté bras, oeil et plume. Mes fautes eurent été siennes, mes doutes, ses principes, mes désirs, ses peurs. Il m'aurait justifié, affirmé auprès des miens, sans pour autant me réconcilier avec ses ancêtres. Mais qu'importe. L'instant est mort, vive l'instant.
12:35 Publié dans Défoncé, mais inspiré | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : instant, fugitif
