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27 janvier 2007

Traumatisme pré-masturbatoire

Bordel. Bientôt 3 mois sans voir une fille. Je me comporterais en merde finie s'il m'arrivait d'en croiser une. Une bête instinctive et incontrôlable, avide de parvenir à ses fins et de se libérer de son fardeau comme on crache sa haine, ou son foutre. Je me revois, honnissant ceux qui sombrèrent dans la facilité d'un adultère convenu, incapable d'y voir autre chose que ma propre frustation refoulée. J'en baiserais par dizaines, et je me regarderais. Je les regarderais me sonder, me toiser, m'interpréter. M'inventer des raisons et d'autres vérités. Je simulerais l'hésitation et le bonheur, je m'oublierais dans la sueur comme on s'abrutit d'un idéal. Je me renierais, parjure immonde ignorant des principes sacrés, animal pitoyable lucide mais pathétique. Je me dénuderais et m'offrirais en sacrifice à la gloire d'un mensonge encore toléré. Puis je les haïrais de n'avoir pas cherché à comprendre. Puis je me haïrais d'en avoir fait autant.

23 janvier 2007

de Morichar

De Morichar, Roger de Morichar.
Je vous le dit, à vous, lecteurs: si l'humanité devait cesser d'être une oppressante réalité, par exemple après-demain, nous pourrions partir le coeur léger, car il y aurait eu Roger. Roger de Morichar. Aboutissement magnifique d'une humanité riche de nos différences, de nos contradictions, de nos goûts vestimentaires et de nos chèques-repas.

Comme le disait jadis mon ami Benoît, du football, "il faut dire ce qui est". Cette assertion, qui fut pour moi un guide spirituel, une Bible, une carotte cognitive depuis mon enfance malheureusement sportive, me pousse aujourd'hui à vous asséner, sans détours, non sans virgules, la stupéfiante Vérité: Roger de Morichar, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, est noir. Oui noir. C'est-à-dire pas blanc (voir fig.1).

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fig.1 - Noir

Pour le badaud, le rustre, le rural, pourtant, son apparence extérieure semble être à l'homme de couleur ce qu'Ikéa est au tiroir à chaussettes: généralement nanti d'une casquette à forte consonnance Nordiste (ce qui reste, n'en doutons pas, un génial clin d'oeil à l'histoire, et un geste fort en faveur de la paix Universelle), notre homme ne réchigne pas à tâter du panier, arborant, dès que le temps le permet, l'habit de cérémonie officiel de Frères de Chicago (voir fig.2), secte militante mondialement connue sous couvert d'une quelconque activité médiatique et donc financièrement rémunératrice. De plus, comme tous les membres de cette pourtant sympathique communauté, Roger, pris dès l'enfance dans le tourbillon de la détresse, porte sur son âme un faciès déformé par la haine et l'envie de détruire. Roger de Morichar, mesdames et messieurs, a l'air méchant (fig.3).

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fig.2 - Frères de Chicago
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fig.3 - Air méchant

Et pourtant. Et pourtant, notre homme, ce monument vivant à la gloire du hip-hop, cette divinité du panier à trois points, ce Roger Hanin du smash, cette effigie grandiose à la gloire de Coolio, est immensément plus qu'une simple caricature (fig.4).

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fig.4 - Caricature

Il est le Résultat. Il est ultime est incontestable. Il est là, indépendant et universel. Fermer les yeux, les volets de vos fenêtres ou acheter un chien n'y changera rien: Roger sera là, prêt à sacrifier son enveloppe corporelle pour combler le vide de nos existences par la matérialisation d'un ennemi à combattre - il est le miroir superbe qui nous renvoie notre lâcheté à la gueule. Il est universel, car il n'est qu'un contenant dans lequel chacun peut déposer ses frustrations, ses peurs, sa haine. Toute sa merde. Il est celui auquel vous n'adresserez jamais la parole, celui devant lequel vous changerez de trottoir, celui devant lequel vous fermerez les portes de votre voiture. Celui devant lesquel vous ressentirez un malaise si profondémment ancré dans vos tripes que, tel un prisonnier sous la torture, vous abdiquerez de la raison pour vous satisfaire de la première explication qui appaisera la douleur: vous ferez de Roger le produit magnifique de plusieurs générations de frustration accumulée et de haine cultivée, et vous passerez votre chemin.